L’île d’Ometepe est composée de deux volcans:  Concepción et Maderas, de respectivement 1610 et 1394 mètres. Le premier est actif, le deuxième non.

Le volcan Maderas est beaucoup plus accessible. Cependant, l’ascension reste difficile. Il est fortement déconseillé de faire l’ascension sans guide, depuis que des touristes ont trouvé la mort après s’être perdus. 

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Depuis quelques jours je partage mes journées avec Brian et Tom, rencontrés dans un hostal à Mérida. Le gars qui travaille à l’hôtel nous propose de nous accompagner pour 15 dollars chacun. Cela ne nous convient pas vraiment car :

  • 15$ nous paraît cher pour le Nicaragua
  • Nous pensons que faire une randonnée devrait être gratuit
  • Nous avons envie d’avancer à notre rythme et simplement le faire par nous-même

Je comprends qu’avec les accidents les autorités préfèrent éviter de déployer des groupes de recherche, et j’entends ce point de vue mais je préfère mille fois le faire en autonomie.

Nous décidons donc de changer d’auberge et de ne parler à personne de notre expédition, pour ne pas attirer l’attention car tout le monde insiste bien pour que nous n’y allions pas seul.

Le plan est le suivant: arriver au nouvel hostal, ne pas partager nos plans et partir le lendemain pendant la nuit.

La veille nous mettons donc notre réveil pour 2h30 et préparons notre sac. Tom veut prendre une machette qu’il a vu dans la cuisine commune, je trouve que c’est une bonne idée, ça nous permettrait de nous frayer un chemin si nous sommes perdus. En bonne française, je propose « d’emprunter » la machette sans rien dire et de la remettre à sa place le lendemain. En bon Tico, Brian me suggère de simplement demander. Une fois la machette obtenue, nous préparons notre sac et nous mettons au lit.

Je suis très fatiguée mais bizarrement je ne trouve pas le sommeil. Je commence à prendre mon portable et prendre des renseignements sur la randonnée. Effectivement des touristes ont trouvé la mort en voulant faire l’ascension, ce qui ne me rassure pas, mais je me dis que les accidents de montagne sont courants et qu’il y a plus de chances que tout se passe bien plutôt qu’un drame arrive. J’arrive finalement a dormir 4 heures.

Le lendemain, nous nous réveillons assez fatigués, sauf Tom qui a très bien dormi. Avec Brian nous sommes un peu sur le coup de l’adrénaline de partir de nuit et de faire cette rando « non-autorisée ».

Nous nous mettons en marche. Il fait nuit noire et tout est silencieux. Notre passage dans le hameau est accompagné par les aboiements des chiens, dont nous dérangeons la tranquillité nocturne. La situation me rappelle un peu « projet Blair Witch ». Tom est super concentré, il avance vite et reste silencieux. J’ai la gorge déjà sèche, sous l’effet de l’émotion.

L’avantage de marcher de nuit c’est qu’on avance plus vite car nous ne voyons pas vraiment où nous allons. Nous avançons donc 1h30. Parfois, nous éteignons les lampes frontales pour admirer les étoiles. C’est très beau et je peux même voir quelques étoiles filantes.

Brian s’aperçoit qu’il a oublié sa bouteille. Par chance Tom a prévu de prendre 4 litres et j’ai pris mes 2 litres avec moi… Ça aurait été dommage de faire demi-tour.

Au bout d’un moment nous arrivons dans un champs de banane et le chemin s’arrête. Je vérifie sur mon portable et effectivement, nous sommes sortis du chemin depuis quelques temps. Nous redescendons. Tom propose de sortir la machette et de traverser un peu la broussaille environnante pour rejoindre plus rapidement le chemin. Nous marchons 10 minutes et réalisons que l’idée n’est pas si bonne. La végétation est haute et commence à nous piquer. Nous redescendons donc encore et passons 1h30 à retrouver le chemin.

A un moment Tom glisse sur plusieurs mètres. Je le vois déjà s’empaler avec la machette et n’ose même pas regarder. Heureusement il vient de la ranger quelques minutes plus tôt.

Le jour commence à se lever et nous commençons à y voir plus clair. Nous traversons deux lits de rivière qui sont à sec puis remontons en direction d’un mirador, qui est sur le chemin.

Nous pénétrons à présent dans la jungle. Nous apercevons un trace énorme qui s’étire sur une trentaine de mètres. Probablement un gros serpent. Les cris du singe hurleur, le congo, commence à se faire entendre.

Au bout d’un moment nous atteignons enfin le mirador. La vue sur le volcan Concepción est magique nous pouvons apprécier les lueurs du jour.

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Il est déjà 7h30. Nous nous remettons en marche. C’est de plus en plus boueux et ça grimpe sec. L’air est tellement humide que nous devons protéger nos sacs pour ne pas les mouiller.

Une heure après, nous arrivons à un endroit qui semble être près du sommet. Mais le chemin s’arrête. Nous rebroussons chemin et trouvons un autre sentier.

Au bout d’un moment je n’en peux plus, cette rando semble ne jamais finir. Ça fait 6h30 qu’on marche et le sentier que nous suivons est plein de boue, quasi marécageux et semble faire le tour du sommet. Il faut également passer sous des branches, escalader des troncs décimés un peu partout.

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Enfin nous arrivons à un endroit dégagé. Ça y est! Bon le sommet est entouré d’un épais brouillard et nous ne pouvons pas voir la lagune qui est au fond du cratère mais nous sommes très heureux d’être arrivés et surtout… c’est l’heure du pique-nique!

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Nous faisons même une sieste, bien méritée.

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Photo prise par Belen, le lendemain…C’est ce qu’on aurait dû voir!

Nous repartons ensuite pour la descente. C’est très éprouvant, j’ai les genoux qui tirent. Surtout je bénie mes chaussures et la fait d’avoir investi dans une bonne paire.

Au bout d’un moment, n’en pouvons plus, je m’arrête. Tom, à quelques mètres au dessus de moi sur le chemin, me propose gentiment de me tailler un bâton de marche. Au moment de me le donner, je m’avance pour le récupérer et lui commence à le lancer, pensant que je vais le récupérer plus bas. Manque de chance, le bâton arrive sur moi et m’explose le genou droit au passage. Je suis entre les larmes et le rire, tellement la situation me paraît grotesque. Nous reprenons la route tant bien que mal. Nous tombons et glissons à plusieurs reprises, nous n’en pouvons plus.

Nous sommes rentrés à l’auberge à 17h, exténués mais heureux de notre rando!

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Mes conseils:

Ne vous attendez pas forcément à avoir une vue sur le cratère et le lac une fois arrivé. Souvent le brouillard se dissipe dans la journée mais il est déjà trop tard pour descendre.

Le dénivelé: plus de 1200 mètres. Il faut prévoir de bonnes chaussures.

La rando est faisable, mais il faut avoir une bonne condition physique. Ça frôle parfois l’escalade  pour la montée et la descente est difficile.

Je vous conseille de prendre avec vous un GPS pour ne pas perdre votre chemin. l’application maps.me fait très bien l’affaire.

Prenez un pantalon long pour la première partie, un short pour la deuxième. Le climat est humide ET chaud. En haut il fera froid, malgré la chaleur qu’on peut sentir par moment en provenance du cratère.

Prenez au moins 3 litres d’eau, et des réserves de nourritures suffisante.

Et enfin, dans le doute, partez tôt! Le soleil au Nicaragua se couche à partir de 17h30 et le volcan est recouvert par la jungle, il fera donc nuit encore plus tôt si vous êtes encore en rando à ce moment là.

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Notez bien la différence de couleur entre nos jambes pleines de boue et la pâleur de nos pieds 😛

Et vous, vous avez fait l’ascension du volcan? Qu’en avez-vous pensé?

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